Cinéastes d’Afrique – Sambizanga : cinéma de résistance, mémoire de l’Angola ( Radio France Internationale)

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Sambizanga est un long-métrage de fiction réalisé en 1972 par la cinéaste française Sarah Maldoror.  L’histoire se déroule en Angola en 1961, année qui marque le début de la lutte pour l’indépendance du pays, alors colonie portugaise. On y suit Maria, une jeune femme déterminée à retrouver son mari Domingos, un militant révolutionnaire angolais du MPLA (le Mouvement pour la Libération de l’Angola), arrêté par la police secrète portugaise. Porté par la voix de Makeda Monnet, comédienne et chanteuse lyrique, cet épisode mêle archives radiophoniques, extraits du film et entretiens inédits avec Annouchka de Andrade et Henda Ducados, les filles de Sarah Maldoror. Ensemble, elles retracent l’histoire de ce film emblématique du cinéma angolais des années 70, et reviennent sur la place centrale des femmes dans la lutte pour la libération du pays.

Sarah Maldoror s’installe à Paris dans les années 50 et fréquente le monde intellectuel noir et notamment la librairie et maison d’édition “Présence africaine“.  

En 1956, lors du premier congrès des écrivains et artistes noirs, elle rencontre celui qui va devenir son compagnon Mario de Andrade, un des membres fondateurs du MPLA. À ses côtés, elle va découvrir l’Afrique et embrasser la cause anticoloniale, notamment celle des colonies portugaises.

En 1958, le couple s’installe dans la Guinée indépendante de Sékou Touré, puis l’année suivante, Sarah Maldoror obtient une bourse de l’Union Soviétique pour aller étudier le cinéma pendant deux ans à Moscou, où elle apprend le métier aux côtés d’une autre grande figure du cinéma africain, Sembène Ousmane

Quand je suis arrivé en Afrique, je me suis dit : qu’est-ce que c’est que l’histoire de l’Afrique ? Et j’ai essayé de redécouvrir une Afrique que je ne connaissais pas. Alors, je me suis dit : l’Europe, la France montrent son passé, ses traditions, c’est très bien. Pourquoi moi, je ne montrerais pas l’Afrique telle que je la vois ? – Sarah Maldoror, cinéaste. 

En 1969, le couple vit à Alger, alors carrefour des luttes indépendantistes du monde entier. C’est là que Sarah Maldoror tourne son premier court-métrage Monangambée, un film sur la résistance en Angola, coécrit avec son compagnon Mario de Andrade, et produit avec le soutien financier du FLN algérien. 

Revenue en France, Sarah Maldoror réalise Sambizanga en 1972, une œuvre adaptée d’une nouvelle de l’écrivain angolais José Luandino Vieira, qu’elle co-écrit à nouveau avec son compagnon Mario de Andrade. Ce récit intime et politique dépeint l’éveil d’une femme, Maria, à la lutte politique. Portant son enfant contre elle, elle traverse le pays en bus et à pied, déterminée à retrouver son mari, Domingos, un militant du MPLA arrêté et torturé par la police coloniale portugaise.  

Écoutez tous les épisodes du podcast « Cinéastes d’Afrique »

Épisode 1 : « Tabataba ou les bruits d’une révolte oubliée »

Épisode 2 : « Kinshasa ou la belle vie de Mweze Ngangura »

Épisode 3 : « Le Ballon d’or, l’émancipation par le football »

Épisode 4 : « Sambizanga : cinéma de résistance, mémoire de l’Angola »

Épisode 5 : « Désiré Ecaré, politiser l’exil et le désir »

Épisode 6 : « Djibril Diop Mambéty, le cinéaste des petites gens  »

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À travers la figure de Maria, Sambizanga raconte l’histoire d’un peuple en lutte, où la solidarité des quartiers populaires et la détermination des femmes structurent le film autant que la clandestinité politique. 

Symboliquement, je pense que ça ressemble à tout le cheminement de notre mère qui s’est toujours déplacée avec nous, ses filles. On était toujours présentes, on a participé à des centaines d’heures de réunions politiques avec elle et avec notre père, mais elle ne s’est jamais séparée de nous, et elle a embrassé vraiment cette lutte. – Annouchka de Andrade, fille de Sarah Maldoror et Mario de Andrade. 

Tourné au Congo-Brazzaville, pays frère et frontalier de l’Angola, co-produit entre la France et l’Angola, Sambizanga est le premier long-métrage de fiction réalisé par une femme sur le continent africain, et demeure aujourd’hui une œuvre majeure des cinémas d’Afrique. Longtemps inaccessible pour des raisons juridiques, Sambizanga a fait l’objet d’une restauration récente permettant sa redécouverte et une réévaluation critique du travail pionnier de Sarah Maldoror. 

Aujourd’hui, Sambizanga fait partie du patrimoine cinématographique de l’Angola. Sarah fait partie de l’imaginaire des Angolais, comme la première femme qui a réalisé un film qui a aidé à ce que le mouvement soit connu, et qui a contribué à ce qu’on parle de l’Angola. – Henda Ducados, fille de Sarah Maldoror et Mario de Andrade.

Film :  

  • Sambizanga en VOD sur LaCinetek, en DVD/Blu-ray aux éditions Carlotta, en coffret DVD World Cinema Project, vol.4, aux éditions Criterion 
  • Sarah Maldoror ou la nostalgie de l’utopie, documentaire d’Anne-Laure Folly (1998) en VOD sur Tënk.  

Archives INA utilisées dans l’épisode :  

  • ITW de Sarah Maldoror, Inter Actualités, France Inter, 1973 
  • Entretien avec Sarah Maldoror : cinéma guerre et politique en Afrique, ORTF Nice, 1973 

Ouvrages, articles, expositions :  

Emissions de radio :  

Remerciements :  

Annouchka de Andrade, Henda Ducados et Makeda Monnet.

Pour la Cinémathèque Afrique de l’Institut français : Cassiopée N’Sondé, Aïssa Diaby, Sarah Moustakim et Marion Thévenot. 

Pour RFI : Steven Jambot, Simon Decreuze, Antoine Bonnet, Aurèle Charlieux, Matthieu Degueldre, Ludovic Dunod, Eugénie Ducret, Valérie Nivelon et Elisabeth Lequeret. 

Cinéastes d’Afrique est une série écrite par Maxime Grember, réalisée par Simon Decreuze et produite par la cellule podcast de RFI en partenariat avec la Cinémathèque Afrique de l’Institut français. 

Par :Maxime Grember|Simon Decreuze